Lettre d'information - avril 2015

Un nouvelle lettre d'information vient de paraître!

Vous pouvez la télécharger ci-dessous.
Bonne lecture...

Li'nCS_La lettre d'information_avril2015[...]
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La reconstruction d'habitats en Haïti: enjeux techniques, habitabilité et patrimoine

Rapport de recherche - Groupe URD

Notre rapport de recherche réalisé avec le Groupe URD est enfin disponible!

Ce rapport vient conclure notre travail d’analyse des projets de reconstruction de logements effectué en 2013.

 

N'hésitez pas à le diffuser et à nous faire part de vos commentaires!

 

Bonne lecture

La reconstruction d'habitats en Haïti
Rapport de recherche - Groupe URD
La reconstruction d’habitats en Haïti_Fi[...]
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Bonne année 2015

Première maison de la phase 3 du projet "Un toit, un avenir" de Planète Urgence (Jacmel) - conception Carolyn Garcia/LI'nCS

L'année 2015 s'annonce pleine de beaux projets...
Plus de détails dans la prochaine newsletter!

Un article de LI'nCS dans Nouvelles Images d'Haïti

Nous avons été sollicités par Nouvelles Images d'Haiti, le bulletin mensuel du Collectif Haïti France, pour rédiger un article autour de notre travail d'analyse de l'habitat traditionnel haïtien effectué en 2013. 

 

télécharger l'article ci-dessous

Article LI'nCS dans Nouvelles Images d'Haïti
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Meilleurs voeux 2014

5 mois en Haïti pour analyser et redéfinir le projet

17 octobre 2013

Après 5 mois passés en Haïti à rencontrer les ONG, les associations locales et les institutions haïtiennes qui travaillent sur la question de l’habitat, notre connaissance de ce petit pays fascinant s’est affinée, et avec elle notre stratégie pour le projet LI’nCS Haïti !

 

Donner vs collaborer

En effet ce voyage et l’étude que nous avons menée pour le Groupe URD sur les grands enjeux de la reconstruction durable nous ont rapidement amenés à questionner la pertinence de notre projet initial.

Les évaluations des programmes des humanitaires nous ont permis de nous rendre compte des aspects à la fois positifs et négatifs de l’aide qui donne sans contrepartie :   passivité des bénéficiaires, attentisme, jalousie,  détérioration des liens sociaux et du rapport aux « blancs »…  Ne vaut-il pas mieux travailler avec les gens sinistrés que de travailler pour eux ? Comment leur donner la possibilité de prendre en main leur avenir après notre départ ?

 

Valoriser l’identité haïtienne

Notre travail récent sur l’étude de l’habitat rural traditionnel nous a permis d’apprécier la richesse de la culture haïtienne, tout en nous révélant les multiples problèmes que rencontrent les propriétaires de ces maisons pour les entretenir.

Le manque de moyens, l’exode rural et la volonté des paysans d’accéder à des maisons « modernes » sont autant de facteurs à cause desquels la culture constructive présente dans les mornes – montagnes- haïtiennes se perd petit à petit. De manière générale, le monde paysan est dévalorisé, alors que c’est justement la paysannerie, avec ses modes de vie en communauté et ses traditions qui est au cœur de la culture haïtienne.

 

Renes Williame et sa famille devant la maison - Trouchouchou, Petit-Goâve, juillet 2013

 

Reformuler le projet

Au delà de la seule question de la construction de logements, il nous semble aujourd’hui essentiel de travailler sur la valorisation de la culture haïtienne et sur la capacité des haïtiens à prendre en main leur avenir dans la durée.

 

C’est pour cela que nous choisissons de reformuler le projet LI’nCS Haïti en 3 étapes :

  • Etape 1 - Poursuivre le travail engagé d’analyse des habitats ruraux traditionnels, en partenariat avec les institutions haïtiennes de sauvegarde du patrimoine telles que l’ISPAN afin d’ancrer cette démarche dans un processus de valorisation du monde rural. Ce travail sera réalisé avec des étudiants architectes haïtiens, car ce sont eux qui auront par la suite le devoir de sauvegarder ce patrimoine.
  • Etape 2 - Travailler à la publication de cette étude afin de sensibiliser un large public à l’identité architecturale d’Haïti et à la qualité de son patrimoine
  • Etape 3 - Travailler à un projet architectural qui tirera les enseignements de l’étude publiée pour construire un ou des bâtiments intégrés, avec un potentiel économique et culturel pour leurs propriétaires et utilisateurs. Volontairement non défini pour l’instant, ce projet prendra forme au fur et à mesure de notre travail d’analyse avec les étudiants architectes.

 

Un potentiel touristique en Haïti?

L'habitat traditionnel de la région des Palmes

17 octobre 2013

Voici le résultat de notre travail commencé en juillet dernier avec des étudiants architectes de l'Université de Quisqueya!

 

Après avoir effectué des relevés et discuté avec les propriétaires de maisons rurales dans la région des Palmes, nous avons réalisé un panneau de présentation des caractéristiques sociologiques, techniques et patrimoniales de l'habitat traditionnel. Ce panneau a été présenté pour la première fois à Port-au-Prince début octobre 2013 dans le cadre du séminaire organisé par le Groupe URD et la Chaîne du Bonheur.

 

Nous souhaitons poursuivre ce travail en partenariat avec l'ISPAN (Institut de Sauvegarde du PAtrimoine National) et l'Université de Quisqueya, car de nombreuses variantes intéressantes de ces habitats construits sans architectes sont présentes dans toutes les régions d'Haïti.

télécharger le document complet ci-dessous

L'habitat vernaculaire haïtien - habitabilité et culture constructive
PANNEAU_HABITAT_VERNACULAIRE_HAITI .pdf
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Weekend de relevés de maisons traditionnelles

Les 27 et 28 juillet, l’équipe de LI’nCS s’est associée à 3 étudiants architectes de l’Université de Quisqueya (Port-au-Prince) pour réaliser des relevés de maisons traditionnelles à Léogâne et autour de Petit-Goâve.

 

Notre équipe de 6 personnes s’est rendue dans des zones rurales difficiles d’accès, dans des zones périurbaines et dans le centre-ville de Petit-Goâve. Chaque fois, nous avons été bien accueillis par les propriétaires des maisons visitées: une fois les présentations faites et nos objectifs expliqués, ils nous ont volontiers ouvert les portes de leurs maisons et nous ont donné des informations précieuses sur la construction et leur façon de vivre dans leur habitation.

Nous avons ainsi pu relever les mesures des maisons, repérer les matériaux utilisés et leurs assemblages, prendre de nombreuses photos, évaluer l’impact du séisme et des cyclones et comprendre les évolutions dans le temps des maisons (extensions, réparations, etc.)

 

Les données recueillies vont nous permettre de redessiner des plans, des coupes, des détails techniques, des maquettes 3D et des croquis, ceci dans le but de réaliser un document richement illustré pour rendre compte des qualités techniques, esthétiques et patrimoniales des maisons traditionnelles haïtiennes.

Le résultat de ce travail sera présenté lors du séminaire organisé fin septembre à Port-au-Prince par le groupe URD et la Chaîne du Bonheur (Solidarité Suisse). D’ici là, une 2eme session de relevés devrait être organisée, cette fois dans le département du Sud. A suivre...

 

maisons traditionnelles haïtiennes à Léogâne et Petit-Goâve

Apprendre de l'architecture traditionnelle

En Haïti, 3 ans après le séisme, l’heure est à la reconstruction d’habitats pérennes. Après avoir réalisé de nombreux T-shelters (habitats temporaires conçus pour 3 ans d’existence), la plupart des ONG travaillant dans le domaine de la construction de maisons choisit aujourd’hui de réaliser des bâtiments « durables ». Conséquence du séisme de 2010 et des cyclones qui frappent de plus en plus souvent Haïti, tout programme de construction de maisons suppose un pré-requis:

 

L’habitat doit être parasismique et paracyclonique


Pour remplir ces deux conditions, les ONG se réfèrent à des manuels techniques développés par des ingénieurs spécialistes de ces questions afin de valider leur modèle de maison. Il existe aujourd’hui une pléïade de ces manuels du « bien construire », pourtant très peu mettent en valeur les qualités constructives des architectures traditionnelles !

 La vision de l’ingénieur spécialiste, parfois très éloignée du terrain, peut-elle se substituer à la vision de l’architecte lorsqu’il s’agit de construire des maisons pérennes qui marqueront le paysage pendant des décennies ?

Si l’ingénieur est capable de définir les « bonnes règles de construction », calculs à l’appui, l’architecte a quant à lui la faculté de regarder l’architecture traditionnelle avec un œil sensible et technique, pour en tirer les leçons sur l’art de construire ici, en Haïti.

Ce travail est essentiel pour inscrire les projets de construction des ONG dans le paysage haïtien, et garantir l’harmonie entre les maisons anciennes et les nouvelles. 

 

Pour appuyer ce propos, nous prendrons l’exemple de la galerie, élément essentiel de l’architecture traditionnelle haïtienne. Il s’agit d’un espace extérieur couvert, situé sur la façade d’accueil de la maison. Souvent très décorée, la galerie est l’espace de représentation dans lequel les habitants trouvent une transition entre l’intimité du logement et l’espace public.

Les ONG l’ont bien compris, et intègrent presque toujours une galerie dans le plan des maisons qu’elles construisent. Toutefois, la condition « paracyclonique » les amène à modifier l’aspect de cette galerie par rapport à celle des maisons traditionnelles.

 

La galerie est l'espace extérieur couvert devant la maison.

C'est un lieu de vie essentiel dans l'habitat traditionnel haïtien

 

La vision de l’architecte 


Espace extérieur non fermé, la galerie représente un élément faible en cas de cyclone. Sous la pression du vent qui s’y engouffre, la toiture est soulevée et risque d’être arrachée. L’observation attentive des maisons traditionnelles donne des solutions pour réduire cette fragilité :

  • la toiture de cet espace est la même que celle de la maison, dans un souci d’économie de coûts et de temps de réalisation. Pour limiter la pression du vent sous la toiture de la galerie, les maisons traditionnelles comportent un plafond en planches qui enferme la charpente et empêche le vent d’arracher la tôle. Cette partie fermée en hauteur est alors utilisée comme grenier ou comme espace de rangement, et elle est souvent munie d’une petite fenêtre qui anime le fronton en façade.
  • toujours pour limiter l’arrachement de la toiture, les débords qui protègent les têtes de murs comportent souvent une double épaisseur en planches. Ceci limite également les infiltrations d’eau et empêche les bêtes nuisibles (et les mauvais esprits !) d’entrer dans la maison.
  • si les frises en bois sculpté apportent un charme esthétique aux maisons anciennes, elles sont également utiles en cas de cyclone pour casser la force et la direction du vent.

La typologie de la maison traditionnelle, fortement ancrée dans la culture haïtienne, allie protection contre les risques, usages de l’espace de la maison et qualités esthétiques.

 

cliquez sur l'image pour l'agrandir

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Les règles dans les manuels de la « bonne construction »


Pour éviter que l’ensemble de la toiture de la maison ne s’envole sous l’action du cyclone, la réponse des ingénieurs qui rédigent les manuels de construction consiste à dissocier la toiture de la galerie de celle de la maison. Ainsi, même si la toiture de la galerie se détache, celle de la maison reste en place et l’intérieur de l’habitat est protégé des vents et des pluies. Il est également conseillé de limiter les débords de toiture afin qu’ils ne constituent pas des éléments fragiles à l’arrachement.

Les conséquences de cette approche uniquement technique sur les projets de construction sont nombreuses:

  • la structure de la galerie et l’accroche de la tôle pour sa toiture sont souvent considérées comme secondaires, et ne sont pas traitées avec le même soin que le reste de la maison. La fragilité de cet élément est donc augmentée en cas de cyclone, mais également en cas de séisme.
  • dissocier la galerie de la toiture principale entraîne des problèmes d’étanchéité à la jonction de la galerie avec la maison, engendrant des coûts supplémentaires pour y remédier
  • la réduction des débords de toiture réduit la protection des parties hautes des murs contre les pluies et les infiltrations.
  • le fronton au-dessus de la toiture de la galerie est difficile d’accès, et donc difficile à protéger par de la peinture. Pourtant, c’est une partie très exposée aux intempéries qui risque de très vite se dégrader.
  • la silhouette des maisons construites par les ONG s’éloigne de celle des maisons traditionnelles, renforçant le marquage du paysage par les programmes humanitaires

 

illustrations du principe de désolidarisation de la galerie: cette solution est préconisée dans de nombreux guides du "bien construire", pourtant elle est très questionnable du point de vue des risques!

 


Considérée comme un élément secondaire, la galerie est souvent négligée lors de la construction: bois de mauvaise qualité, assemblages sommaires et accroches insuffisantes. Ici, les clous de fixation de la tôle ne sont pas recourbés. En cas de vent fort, la toiture ne pourra pas résister à l'arrachement et s'envolera très rapidement.

 

à gauche, maisons traditionnelles haïtiennes

à droite, maisons construites par des ONG en Haïti

 

La notion de risque : protéger les habitants ou protéger le bâtiment ?


L’action humanitaire, à plus forte raison dans le contexte post-catastrophes en Haïti, est basée sur la mise en sécurité des personnes. Dans le cadre de la reconstruction, cette mise en sécurité passe évidemment par la qualité du bâti qui ne doit pas mettre en danger.
De ce point de vue, le cas de la « galerie dissociée » est alors questionnable : en effet, ce choix technique vise à limiter les risques d’arrachement de la toiture principale qui, intacte, pourra continuer à protéger l’espace intérieur et les habitants. Mais que doit-on penser de la tôle qui couvre la galerie, et qui en tant qu’élément fortement soumis à l’arrachement est susceptible de s’envoler ? Cette tôle, portée par des vents violents, ne représente-t-elle pas un danger pour les personnes qui se trouveraient à l’extérieur ? Et en cas d’arrachement, peut-on assurer qu’elle ne viendra pas endommager la maison ou les maisons voisines ?

 

L’aide humanitaire intervient dans le cadre de la reconstruction de maisons auprès des populations vulnérables. Or, peut-on supposer que les habitants auront les moyens de refaire la toiture de leur galerie si celle-ci est arrachée au prochain cyclone ?

 

Plutôt que d'importer un mode de "bien construire", ne vaut-il pas mieux utiliser les enseignements de l'architecture traditionnelle?

 

La galerie est très représentative des enjeux de compréhension de l’architecture traditionnelle qui est issue d’un savoir construire ancestral. Architectes et ingénieurs devraient confronter leurs approches pour mieux conseiller les ONG, car pourquoi importer des modèles quand l’architecture locale répond depuis toujours à toutes les exigences que nous nous sommes données ?

 


Haïti, perle des antilles

 Les 15 jours de vadrouille avec le groupe URD nous ont permis de voir un autre visage d’Haïti. Un visage que l’on ne voit pas dans les reportages sur les catastrophes, un visage que l’on ne voit pas lorsqu’on regarde le travail des ONG. Mais ce n’est pas pour rien si Haïti est surnommée la "perle des antilles".

Lorsque l’on prend le temps de sortir des sentiers battus, de faire quelques kilomètres en voiture sur des pistes improbables, de traverser des rivières pour monter dans les mornes, alors Haïti s’ouvre à nous et se laisse découvrir. Et même si les montagnes manquent cruellement de forêt, et même si les rivières creusent des sillons gigantesques dans les paysages, Haïti vue du haut est un spectacle époustouflant.

Ses mornes cachent de petites maisons accrochées aux collines tout au long de la route, et donnet l'impression que, où que l’on aille, il y aura toujours quelqu’un. Et au détour d’un virage, le spectacle d’un marché s'offre à nous, grouillant de gens semblés sortis de nulle part. Ce n’est pas les quelques kay (maison en haïtien) croisées sur la route qui peuvent rassembler autant de monde? Ce n’est que lorsqu’on arrive sur la crête que l’on se rend compte que des kay, il y en a partout, éparpillées dans toute la campagne. Les paysans font parfois jusqu’à 8heures de marche pour aller vendre leurs fruits au marché!

 

Les paysages sont très différents d'une morne à l'autre. D’un coté des chemins de pierre, beaucoup de roches, et des cultures pleines de cailloux. D’un autre une terre rouge contrastant avec le vert de la végétation. Et après une route interminable (souvent pour ne faire que quelques kilomètres) le panorama s'ouvre sur la mer et sur les villes dans le lointain.

Il n'est pas rare de découvrir des petites criques avec une eau turquoise, de véritables petits coins de paradis lorsque l’on redescend pour s’y baigner! Des plages de sable blanc, des palmiers, et des petit bateaux de pêche… La carte postale parfaite, cependant peu entretenue.

 

Le potentiel touristique de ce pays est exceptionnel, mais si peu mis en valeur. Il y a bien sûr des hôtels, mais le prix des chambres est très surestimé, surtout depuis le séisme et l'arrivée massive des ONG. Un pays aussi pauvre avec des prix aussi élevés… la "sélection" se fait naturellement. Est-il possible de développer un tourisme plus abordable, un tourisme s'adressant à la classe moyenne et abordable pour les haïtiens? Par exemple sur le modèle de la République Domincaine voisine?

Ou bien en suivant la piste de l'écotourisme initié par certaines associations locales comme l'Association des Paysans de Vallue près de Petit-Gôave?

 

Haïti est un pays qui mérite d’être découvert. Il reste à trouver les moyens de le faire découvrir!

 

L'architecture des maisons haïtiennes, un patrimoine à préserver

15 juin 2013

 

En Haïti, le béton est partout. Dans les villes comme dans les campagnes, les haïtiens délaissent la construction traditionnelle en bois pour utiliser les blocs béton (les parpaings) qui incarnent le progrès, l’ascension sociale et la sécurité. Les constructions en bois représentent quant à elles la pauvreté du monde paysan. 

 

Pourtant la construction en béton est souvent plus dangereuse en cas de séisme! En effet, en Haïti, le blocs béton et le béton armé sont réalisés avec des matériaux de mauvaise qualité associés à une mise en oeuvre souvent approximative. Dans ce contexte, sous l'action des ondes sismiques, les structures bétons n'étaient pas assez solides et les maisons se sont effondrées sur leurs habitants...
A contrario, les maisons en bois se sont déformées pour dissiper l'énergie du séisme. Si elles sont fortement endommagées, elle ne se sont cependant pas effondrées et des vies ont pu être sauvées. 

Malgré ce constat parlant, la construction en béton continue de se diffuser en Haïti...

 

Maison en bois ayant subi le séisme. Déformée certes, mais pas effondrée!

 

Dans le même temps, de nombreuses maisons traditionnelles restent en mauvais état. Pourtant elles représentent un patrimoine de qualité qui mériterait d'être préservé!

 

Notre collaboration avec le groupe URD nous oblige à la confidentialité concernant nos appréciations du travail des ONG visitées tant que nous ne les aurons pas formulées sous forme de rapport. Pour le moment, nous nous contenterons donc de présenter les projets de manière factuelle.

Collaboration LI'nCS/ groupe URD - analyse des enjeux de la reconstruction durable

15 juin 2013

 

Bonjour à tous,

 

Voilà déjà 1 mois que nous sommes en Haïti, et ce voyage est déjà très riche de rencontres, d'apprentissages et d'interrogations...


Pendant que Lauren travaille avec l’association Iteca à Gressier, Vincent et Carolyn ont commencé leur collaboration avec le groupe URD. Il s’agit d’une structure d’appui au secteur de l’humanitaire dont l’objectif est de travailler à l’amélioration des programmes grâce à des évaluations terrains réalisées par des équipes pluridisciplinaires. Leur travail s’intéresse aux situations d’urgence, de post-urgence, de développement, ainsi qu’à des programmes de reconstruction, de sanitaires, des programmes de relance économique.

Nous accompagnons François Grünewald, le fondateur et directeur scientifique du groupe URD, et Béatrice Boyer, architecte-urbaniste qui travaille depuis 8 ans au sein du groupe. Dans notre équipe nous comptons également Cassandre Méhu, architecte haïtienne spécialisée dans le patrimoine et très sensible à la situation de son pays en cours de reconstruction. Depuis 10 jours, nous avons visité ensemble plusieurs programmes de reconstruction financés par la coopération Suisse: MEDAIR à Jacmel et à Côtes de Fer, Caritas à Cabaret, EPER et l'Armée du Salut à Petit Goâve.

 

Itinéraire des visites avec le groupe URD: A - MEDAIR Jacmel, B - MEDAIR Côtes de Fer, C - CARITAS Suisse Cabaret (Léogâne), D - EPER et l'Armée du Salut à Petit-Goâve

 

Tous ces programmes, situés soit en zone rurale ou à proximité des villes, sont très encourageants, mais soulèvent quand même de nombreuses interrogations!

La présence de ces ONG et la promesse de construire des maisons créent un attentisme chez les sinistrés qui préfèrent souvent ne pas réparer leurs maisons, alors qu'ils ont la capacité et les connaissances pour le faire, afin de se mettre dans des situations de vulnérabilité pour pouvoir bénéficier. C’est le revers de la médaille de la présence des ONG : la création d’une dépendance à l'aide internationale.

 

Mais le travail des ONG est énorme et, quoiqu’on en dise, cela porte ses fruits. Certes, l’évolution est lente, mais les difficultés du contexte, le climat politique, l’inaccessibilité des sites ruraux, rendent le travail très difficile.

La diversité des programmes témoigne des challenges à relever par les ONG: construction, réfection de bâti endommagé, réfection et création de routes, dispositif d’assainissement, éducation, appui à l’agriculture, reforestatin, etc.

Ci-dessous, nous vous faisons découvrir les travaux des ONG rencontrées.

MEDAIR à Jacmel (3 et 4 juin)

La démarche de l'ONG Médair est intéressante car elle instaure une notion de continuité des programmes urgence/post-urgence/développement. En effet, Médair est intervenue en haiti dans le domaine de la construction tout de suite après le seisme. Son intervention a été pensée en 3 temps:

  • Dans un premier temps en phase urgence, mise en place de tentes.
  • Dans un second temps en phase post urgence, mise en place de T-shelters (habitats provisoires). Ces T-shelters ont été réalisés avec l'idée que la structure allait servir de base à la réalisation de maison permanente. La structure porteuse en bois traité, la toiture en tôle galvanisée et les fondations ont été réalisées pour durer. La fermeture du shelter en bâche plastique était quant à elle vouée à être enlevée et remplacer par un remplissage traditionnel
  • Dans un troisième temps en phase de développement et reconstruction durable (aujourd'hui), Medair effectue des travaux de renforcement de la structure bois initiale, et remplace la bâche par un remplissage en roches locales et mortier sable-ciment. Une galerie est ajoutée sur la façade principale, ce qui est très important dans la culture haïtienne.

 

Cette conception en plusieurs phases permet d'optimiser les budgets alloués à la réponse à la crise haïtienne. Si cette démarche est pertinente, il ya tout de même un revers de la médaille: Medair a construit 3000 T-shelters dans la région de Jacmel, mais tous ces habitats ne pourront pas être rendus pérennes par l'ONG!

Cependant, des milliers de bénéficiaires des T-shleters restent dans l'attente de l'intervention de Medair, et malgré la bonne qualité de la structure de leur habitat, ils ne prennent pas eux-mêmes l'initiative de remplacer la bâche provisoire par des techniques durables. Pourtant, les techniques de remplissage sont connues de tous et les matériaux sont souvent disponibles sur place...

Les habitats prendront-ils en main la reconstruction durable de leur habitat une fois que l'ONG aura cessé ses programmes et sera partie?

 

MEDAIR à Côtes de Fer (5 et 6 juin)

L'approche de Medair à Côtes de Fer est différente: la région étant difficile d'accès, les T-Shelters ne sont jamais arrivés jusqu'ici. C'est donc directement sur des projets de construction que l'ONG s'est lancée, avec pour ligne de conduite le respect de la tradition constructive locale revisitée pour être parasismique et paracyclonique.

Les maisons réalisées sont implantées de manière à conserver un lakou, l'espace de vie extérieur dans lequel se font les tâches du quotidien: cuisine, lessive, toilette, etc.

 

 

CARITAS Suisse à Cabaret, Léogâne (7 et 8 juin)

Le projet de reconstruction de Caritas Suisse s'appuie sur l'expertise d'ingénieurs suisses qui sont à l'origine des premiers dessins et calculs de structure. Le choix de la maçonnerie chainée, avec l'exigence de caractéristiques parasismiques, suppose une bonne qualité des matériaux et une réalisation dans les règles de l'art. Pour s'assurer de la bonne réalisation de ses maisons, l'ONG a d'abord travaillé sur la formation des boss maçons et des contremaîtres, qui sont ensuite devenus des contractants responsables des chantiers.

Les maisons de Caritas Suisse marquent fortement le paysage rural de Cabaret, à la fois par leur typologie en bande différente de la maison traditionnelle, et également par le choix de tôles de couleur pour les toitures. A noter que plusieurs choix de couleur pour la tôle, les volets et les portes sont proposés aux bénéficiaires.

EPER à Petit-Goâve (10 et 11 juin)

Si l'EPER travaille tout comme Caritas Suisse en maçonnerie chainée, le contexte d'intervention et la typologie créée sont très différents: la maison d'EPER se rapproche des typologies traditionnelles (maison avec galerie sur le pignon, graduation des espaces du plus public au plus privé) et l'ONG intervient à Petit-Goâve dans des quartiers que l'on qualifie de "péri-urbains". Il s'agit de quartiers entre-deux, proches de la ville et à la limite de la campagne paysanne. Des quartiers nouveaux, où toutes les infrastructure et les liens communautaires restent à définir.

Si l'EPER choisit de respecter la forme des maisons anciennes, les technologies parasismiques et paracycloniques sont mises en avant par l'utilisation de matériaux et de savoirs-faire pointus. 

L'Armée du Salut à Poirier, Petit-Goâve (12 juin)

L'Armée de Salut travaille dans les montagnes au-dessus de Petit-Goâve, dans la commune de Poirier, sur le projet de construction d'une école qui doit remplacer l'ancienne école endommagée par le séisme. Pour la conception de ce projet, l'ONG a fait appel à l'agence d'architecture américaine MSAADA, spécialisée dans les projets pour les pays en voie de développement. 

Le projet s'appuie sur la mise en valeur de la construction traditionnelle en bois et remplissage en pierres apparentes qui caractérise les campagnes haïtiennes. Ainsi, le projet s'intègre très bien dans le paysage et dans un contexte de morne difficile d'accès: les matériaux nécessaires sont soit présents sur place (roches) soit légers à transporter (bois, tôle). Les architectes et ingénieurs ont utilisé cette technique traditionelle qu'ils ont fait évoluer pour répondre aux normes parasismiques et paracycloniques suisses. Le résultat donne des bâtiments de grande qualité, bien construits et agréables à vivre. Lors de notre visite, même si le chantier n'était pas achevé, nous avons pu nous rendre compte de la qualité des espaces intérieurs et extérieurs. 

Le système constructif de l'école a été repris pour construire l'église toute proche, renforçant la cohérence du village. 

Port-au-Prince ➞ Camp-Perrin ➞ Jacmel ➞ Gressier

26 mai 2013

 

Bonjour à tous!

Voici un résumé de notre semaine haïtienne!

 

Dimanche 19 mai/ Lundi 20 mai ➞ Camp-Perrin

Dimanche soir, nous sommes partis pour Camp-Perrin en fin de journée (environ 4h30 de route depuis Port-au-Prince). La journée du lundi nous a permis de visiter les Ateliers Ecole de Camp-Perrin en compagnie de Laurie Chevallier (ingénieur pour l'association Noria) et de Jean Sprumont, le fondateur des ateliers. Les Ateliers Ecole de Camp-Perrin produisent des équipements pour les artisans et les paysans (outils, moulins à maïs...). Il s'agit également d'un centre de formation autour de la construction.

Jean Sprumont, est agronome de formation, et il vit en Haïti depuis 47 ans. Les discussions avec lui sont une vraie mine d'informations! Son livre "Reconstruire, la tête et les mains" regroupe ses réflexions sur la condition haïtienne tout en proposant un manuel richement documenté pour la construction en maçonnerie.

Retrouvez le livre de Jean Sprumont en pdf sur le lien suivant:

Reconstruire, la tête et les mains

Retrouvez le travail de l'association Noria sur le lien suivant: NORIA

 

Mardi 21 mai/dimanche 26 mai ➞ Jacmel

Nous avons quitté (à regrets!) Camp-Perrin mardi matin pour rejoindre Jacmel, dans le Sud-Est du Pays. Jacmel est une ville agréable, située en bord de mer. C'est là que les Port-au-Princiens se retrouvent le weekend pour profiter de la plage!

 

Nous avons assité mercredi 22 mai à un séminaire organisé par UN-Habitat et CRAterre à Sable Cabaret, petit village rural à proximité de Jacmel. Depuis plusieus mois, l'équipe de  CRAterre organise un chantier-formation ayant pour objectifs la valorisation de l'architecture traditionnelle rurale et la professionalisation des artisans dans le domaine de la construction parasismique et paracyclonique.
Cette formation s'adresse à des ingénieurs, enseignants de centres de formation, boss. Les participants à la formation reçoivent un enseignement théorique et une formation pratique autour de la construction d'une petite maison.

Cette journée de séminaire nous a permis de rencontrer des architectes et ingénieurs de diverses organisations internationales (Croix-rouge, UN-habitat, Architectes Sans Frontières, etc.)

 

Pendant la journée de séminaire, nous avons retrouvé Yves, ancien étudiant à l'Ecole Atelier de Jacmel que nous avions rencontré lors de notre premier voyage en Haïti. Depuis la fin de ses études, Yves travaille au sein de l'association OPADEL dans son village d'origine, La Montagne, sur les hauteurs de Jacmel. Au départ, OPADEL est une structure d'appui aux paysans, mais comme dans beaucoup d'associations, après le séisme de janvier 2012 le travail s'est orienté vers la reconstruction. Avec l'assitance de Planète Urgence et Architecture & Développement, OPADEL a développé la production de gabions dans le cadre de la construction de bâtiments. Après avoir proposé un modèle d'habitat, l'association se lance aujourd'hui dans la réalisation d'un centre polyvalent (animation, formation, échanges, bibliothèque informatisée...) nommé CAFE. L'objectif d'OPADEL est de créer des conditions de vie attractives et de donner accès à la culture aux populations rurales afin de limiter la fuite des jeunes vers les villes.

 

Jeudi 23 mai, nous avons rencontré Jean-Camille Etienne, directeur de l'Ecole Atelier de Jacmel. Nous avons discuté avec lui de la formation dispensée à l'Ecole Atelier et des solutions d'insertion professionnelle que l'Ecole propose à ses étudiants. Nous avons ensuite visité avec lui le chantier de réhabilitation de la Mairie de Jacmel, magnifique bâtiment (et emblême de la ville!) très endommagé par le séisme. Grâce au travail des étudiants de l'Ecole Atelier et au soutien de l'ISPAN (Insitut de Sauvegarde du Patrimone National), ce bâtiment est peu à peu rénové et les blessures du séisme disparaissent...

Nous avons également visité ensemble le chantier de l'ancienne prison de Jacmel, bâtiment historique qui deviendra un centre culturel. Là encore, l'Ecole Atelier est sollicitée pour prendre en main le chantier de rénovation de ce bâtiment.

 

La suite de notre séjour à Jacmel nous a permis d'alterner travail et loisirs puisque nous avons pu profiter des magnifiques plages de la région! Haïti ne manque pas de potentiel touristique (voir photos ci-après)

 

Dimanche 26 mai nous avons quitté Jacmel pour rejoindre Gressier, petite ville à une vingtaine de kilomètres de Port-au-Prince. Nous sommes accueillis par ITECA (Institut de technologie et d'animation), association avec laquelle Lauren va travailler pendant 4 mois.

La suite au prochain épisode!

A bientôt! 

 

Camp-Perrin, Ateliers Ecole et campagne environnante

Chantier-formation proposé par CRAterre à Sable Cabaret (Jacmel)

OPADEL, La Montagne (près de Jacmel)

Potentiel touristique de la région de Jacmel...

Premiers jours à Port-au-Prince

19 mai 2013

 

Voilà maintenant près de 3 jours que nous sommes arrivés à Port-au-Prince! Nous sortons doucement du décallage horaire et nous habituons peu à peu à la chaleur écrasante... Nous séjournons à l'hôtel Oloffson,  magnifique bâtiment "gingerbread" construit à la fin du 19e siècle. Un endroit paisible pour se remettre des excursions dans la bruyante capitale!

 

Depuis notre arrivée jeudi soir (le 16 mai), nous avons eu plusieurs rendez-vous très intéressants!

Nous avons rencontré Caroline Brodic qui travaille à l'Observatoire du groupe URD situé dans une maison à Pacot (quartier plutôt aisé de PaP).

en savoir + sur le travail de l'Observatoire URD : site de l'Observatoire

 

Nous avons ensuite déjeuné avec Simon Deprez & Eléonore Labattut, deux jeunes architectes/urbanistes/photographes qui se sont installés depuis peu à Port-au-Prince après avoir travaillé pour différentes ONG en haïti. Leurs conseils et expériences nous aident à mieux appréhender notre séjour ici.

en savoir + sur le travail de Simon & Eléonore: etc-projects


Nous avons ensuite rencontré Tulio Matéo et Fils-Aimé Thelcine, respectivement architecte et ingénieur, qui travaillent à Entrepreneurs du Monde. Après une présentation de leur travail, ils nous ont emmenés visiter plusieurs projets à Carrefour Feuilles, un quartier informel sur les hauteurs de PaP. Entrepreneurs du Monde a pour objectifs la formation des entrepreneurs et l'appui à la création de leur entreprise. 

en savoir + sur le travail d'Entrepreneurs du monde:

http://www.entrepreneursdumonde.org/

 

Après avoir passé un peu de temps à Port-au-Prince, nous partons ce soir en direction du sud du pays. Première étape: Camp-Perrin, près de la ville des Cayes, pour découvrir les Ateliers Ecole (centre de production d'équipements et de formation d'artisans). Ensuite, nous irons passer quelques jours à Jacmel poru participer à une journée organisée par CRAterre et rencontrer des acteurs travaillant sur la reconstruction dans la région Sud-Est.

 

A bientôt!

 

Carolyn, Lauren, Vincent

17-05-2013, Carrefour Feuilles, Port-au-Prince

17-05-2013, Avenue Jean-Paul II (Turgeau), Port-au-Prince

19-05-2013, Hôtel Oloffson, Port-au-Prince

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Décollage pour Port-au-Prince le 16 mai 2013!

25 avril 2013

 

Vincent, Lauren & Carolyn seront bientôt de retour en Haïti pour mettre en place le projet LI'nCS Haïti avec les partenaires locaux et établir un programme de travail précis.

 

Les premières dates clés de ce voyage en Haïti:

  • du 17 au 21 mai, découverte des Ateliers de Camp-Perrin
  • du 22 au 24 mai, voyage à Jacmel pour rencontrer l'équipe de CRAterre présente sur place et visiter les projets en cours
  • le 25 mai, arrivée à Gressier. Nous serons accueillis par ITECA.

 

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Bientôt le départ!

L'équipe de LI'nCS retournera en Haïti début de mai 2013!

Au programme: rencontre des potentiels partenaires locaux et mise en place du projet LI'nCS haïti dans le but de construire le modèle d'habitat courant 2013!

 

Lors de notre arrivée, nous serons accueillis par l'association haïtienne ITECA à Gressier, à une vingtaine de kilomètres de Port-au-Prince. Un membre de l'équipe travaillera avec cette association durant 4 mois dans le cadre de leurs projets de construction pour les paysans de Gressier.

 

Les autres membres de l'équipe profiteront de ces quelques mois en Haïti pour rencontrer des partenaires et mettre en place le projet.

 

Vous pourrez suivre notre voyage sur notre site!